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Amener l’art précolombien en Suisse

A ne manquer sous aucun prétexte, cette exposition rassemble les pièces les plus parfaites de l’art précolombien, chefs-d’oeuvre d’une qualité exceptionnelle provenant de toute l’Amérique préhispanique. Avec quelque 300 pièces, superbement exposées au Musée d’art et d’histoire de la ville de Genève sur une surface d’environ 600 mètres carrés, cette collection nous invite à découvrir l’incroyable savoir-faire et la variété des techniques, styles et inspirations des grandes civilisations précolombiennes (olmèques, mayas, aztèques, mochicas et incas), pénétrées de rituel et de sacré à tous les niveaux de l’existence. Ces oeuvres d’art d’une importance historique considérable vont du plus délicat au plus robuste, de la miniature à l’oeuvre monumentale; elles sont en pierre, en bois, en terre cuite ou en tissu, ornées de plumes ou encore en or ou en argent.


Assez miraculeusement, les superbes pièces de l’exposition, vieilles de 1000 à 5000 ans, sont restées pratiquement intactes au fil des siècles, survivant à leur transport à travers le continent américain, et plus récemment à leur voyage – certes bien préparé – vers l’Europe, et c’est ainsi que nous pouvons aujourd’hui admirer la beauté et l’incontestable savoir-faire des civilisations perdues des anciennes Amériques. Compte tenu de la fragilité et de la valeur des pièces, assurer le transport de la collection en toute sécurité de Belgique jusqu’en Suisse était une tâche tout sauf évidente. « Les objets de la collection ont une telle valeur d’un point de vue archéologique qu’il a fallu les étudier en détail un à un et prévoir pour chacun un emballage et un mode de transport appropriés », précise Roberto Papis, responsable des transports auprès du Musée d’art et d’histoire de Genève.


Stèle : « Dame Pied d’Alligator,
mère nourricière à Pomoy »
Culture Maya
Pierre calcaire
Haut. 170 cm, larg. 82 cm, prof. 8,5 cm
État du Chiapas, Mexique
Classique récent : 600-800 apr. J.-C
© Photo : Roger Asselberghs, Bruxelles

Prenons l’exemple de la figurineoffrande féminine en argent (env. 1450 – 1533 apr. J.-C.), l’une des pièces préférées de Geneviève Le Fort, commissaire de l’exposition: cette pièce a été trouvée à quelque 6000 mètres d’altitude dans les hautes Andes, une région montagneuse isolée où des archéologues ont découvert des tombes incas contenant des corps d’enfants momifiés. Désignés par leur village pour le sacrifice de la capac hucha (considéré comme un grand honneur), les enfants étaient enterrés avec d’autres offrandes telles que cette figurine. Mesurant tout juste 21 cm de hauteur, elle est enveloppée de deux petites étoffes colorées et parée d’une coiffe en plumes d’un orange encore très vif. « Pour cette pièce, confie Gérard Kohler, responsable du transport d’oeuvres d’art chez Harsch Transports (l’entreprise qui a assuré le transport de la collection jusqu’à Genève en collaboration avec son partenaire belge), nous avons préparé des rembourrages et emballages spéciaux ainsi qu’une petite structure de protection, de manière à ce que les plumes gardent leur forme délicate et que le tissu de la couverture de couleur soit totalement à l’abri, notamment de l’humidité et de la lumière. »


Figurine-offrande féminine
Culture Inca
Argent, textile et plumes
Haut. 21 cm, larg. 8,5 cm
Andes centrales, Pérou
Horizon récent : 1450-1533 apr. J.-C.
© Photo : Hugues Dubois, Bruxelles

La grande stèle maya (env. 600 – 800 apr. J.-C.), une plaque calcaire sculptée en bas-relief pesant près de 500 kg pour 170 cm de hauteur et 82 cm de largeur, a posé des problèmes d’un tout autre ordre. La stèle représente une femme de la noblesse, du nom de « ix ok ayiin » (Dame Pied d’Alligator), originaire de la région de Pomoy. Vêtue d’une tenue typique de l’iconographie des monuments, elle symbolise la terre fertile qui donne naissance au maïs (aliment de base de la région). Nous connaissons son nom grâce aux glyphes gravés autour d’elle. Autre élément typique de cette période, la stèle a été signée et sculptée par plus d’une personne, en l’occurrence deux : 4 Ajaw et Akuul. Parfaitement intégrée dans un décor reconstituant les temples et les pyramides des Amériques préhispaniques, la stèle semble avoir toujours été là. Pourtant, cette plaque de calcaire (matière très fragile en soi), d’une valeur inestimable, a nécessité une prise en charge spécialement étudiée. « En raison du poids et de la taille de cette pièce, souligne Roberto Papis, Harsch a dû concevoir une structure de soutien sur mesure afin d’assurer une immobilité totale durant le transport, et créer en outre un emballage capable de protéger le bas-relief contre toute détérioration. »


Sac
Culture Wari
Coton et plumes
Haut. 26 cm, larg. 21 cm
Côte méridionale, Pérou
Horizon moyen : 600-900 apr. J.-C.
© Photo : Hugues Dubois, Bruxelles

Geneviève Le Fort s’est elle aussi exprimée sur l’extrême fragilité des pièces exposées : « Parmi les plus belles pièces de l’exposition figurent des bijoux et des objets en or très délicats, mais également des tissus colorés particulièrement fragiles, surtout quand ils sont parés de plumes. Les tissus notamment nécessitent un contrôle constant du taux d’humidité, que ce soit pendant l’exposition ou durant le transport. Il faut garder à l’esprit que cette collection présente des pièces archéologiques d’une grande rareté. Vous ne pouvez donc pas demander au premier venu de les transporter ; il est nécessaire de faire appel à des spécialistes pour prendre en charge l’emballage, le transport puis le déballage des objets. C’est là un élément déterminant pour le succès de l’exposition. »

Et Roberto Papis d’ajouter: « Je pense que les visiteurs apprécieront le résultat du travail fourni. Il a fallu mettre en place une logistique complexe, ce d’autant que plusieurs de ces pièces anciennes sont ornées de plumes, de fourrure ou de peaux provenant d’espèces aujourd’hui en voie d’extinction. Avant de pouvoir faire entrer l’exposition en Suisse, nous avons dû prendre des mesures particulières, régler des questions douanières et administratives. En outre, chaque pièce a fait l’objet d’une planification et d’une préparation propres pour son transport – rien que l’emballage des oeuvres a nécessité une semaine entière de travail. Le résultat final est tout simplement époustouflant : un choix impressionnant d’objets magnifiques, transportés et exposés de manière exceptionnelle. »

C’est probablement ce sens aigu des responsabilités et du perfectionnisme qui a convaincu les propriétaires de confier au Musée d’art et d’histoire de la ville de Genève l’organisation de la première exposition intégrale de leur extraordinaire collection. C’est peutêtre aussi ce qui a valu aux collaborateurs de l’entreprise Harsch Transports le privilège d’assurer le transport d’un si précieux chargement à travers le continent européen, son acheminement et son déballage en Suisse en toute sécurité, afin que le public puisse apprécier la magnificence de ces oeuvres issues des civilisations perdues des anciennes Amériques.

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